Si vous êtes ressortissant de Norvège, d'Islande ou du Liechtenstein, la Suisse vous traite dans les faits comme un citoyen de l'UE : vous recevez les mêmes autorisations UE/AELE B, C, L et G, aux mêmes conditions. La base juridique est l'annexe K de la Convention AELE et non l'accord avec l'UE, mais le résultat est identique. La seule vraie différence concerne le Liechtenstein : venir du Liechtenstein en Suisse est libre, mais un Suisse qui veut vivre au Liechtenstein se heurte à un contingent.

En bref

  • Mêmes droits que les citoyens de l'UE. Les ressortissants norvégiens, islandais et liechtensteinois reçoivent les autorisations B/C/L/G UE/AELE aux mêmes conditions que les ressortissants de l'UE, sans contingent ni priorité des travailleurs locaux.
  • Permis C après 5 ans de séjour légal et ininterrompu, si vous remplissez les critères d'intégration (art. 58a LEI).
  • Regroupement familial large : conjoint, partenaire enregistré, enfants de moins de 21 ans, enfants à charge et parents à charge, sans exigence de langue lors de la première autorisation.
  • Pas de raccourci AELE pour la naturalisation. Vous suivez la voie ordinaire de la loi sur la nationalité (LN), comme tout le monde.
  • Le Liechtenstein est asymétrique. Ses ressortissants s'installent librement en Suisse, mais les Suisses ont besoin d'une autorisation de séjour contingentée pour vivre au Liechtenstein.

Pourquoi l'AELE fonctionne comme l'accord avec l'UE

L'Association européenne de libre-échange (AELE) compte quatre membres : la Suisse, la Norvège, l'Islande et le Liechtenstein. La Norvège, l'Islande et le Liechtenstein font aussi partie de l'Espace économique européen (EEE), qui leur donne la libre circulation de l'UE. La Suisse a refusé l'EEE en 1992 et a conclu à la place un accord bilatéral sur la libre circulation des personnes avec l'UE (ALCP, RS 0.142.112.681).

Pour garantir la libre circulation entre les quatre États de l'AELE, la Convention AELE de 1960 a été révisée par la Convention de Vaduz du 21 juin 2001. Depuis le 1er juin 2002, l'annexe K de la Convention (avec son appendice 1 sur la libre circulation des personnes) prévoit des règles largement identiques à l'ALCP. C'est pourquoi on parle d'« autorisation UE/AELE » : mêmes types d'autorisation, mêmes conditions. Seul le traité diffère.

Norvège et Islande : autorisations et conditions

En Suisse, les ressortissants norvégiens et islandais relèvent de l'appendice 1 de l'annexe K. Le droit suisse l'applique au moyen de la loi fédérale sur les étrangers et l'intégration (LEI, RS 142.20) et de l'ordonnance relative à l'admission, au séjour et à l'exercice d'une activité lucrative (OASA, RS 142.201).

AutorisationBase légaleÀ quoi elle sert
L UE/AELEart. 32 LEI, avec l'annexe KSéjour de courte durée jusqu'à 12 mois, en général pour un emploi à durée déterminée
B UE/AELEart. 33 LEI, avec l'annexe KAutorisation de séjour de 5 ans, renouvelable tant que les conditions sont remplies
C UE/AELETraités d'établissement avec la Norvège et l'Islande, et pratique du SEMAutorisation d'établissement après 5 ans
G UE/AELEart. 35 LEI, avec l'annexe KAutorisation frontalière (surtout pour les frontaliers venant du Liechtenstein)
Ci UE/AELE (rare)Annexe K et loi sur l'État hôte (LEH, RS 192.12)Membre de la famille d'un diplomate norvégien ou islandais ou d'un employé d'une organisation internationale ; voir l'autorisation Ci pour les accompagnants des organisations internationales

Les conditions reprennent celles de l'UE :

  • Salariés et indépendants : il vous faut un contrat de travail ou la preuve d'une activité indépendante. Pas de contingent, pas de priorité des travailleurs résidents, pas d'examen des qualifications selon l'art. 23 LEI (cet examen ne vise que les ressortissants d'États tiers).
  • Personnes sans activité lucrative : il vous faut des moyens suffisants pour vivre (les cantons se réfèrent en général au niveau des prestations complémentaires) et une assurance-maladie complète.
  • Étudiants : il vous faut une inscription dans une haute école suisse ou une école reconnue, des moyens suffisants et une assurance-maladie.

Le Secrétariat d'État aux migrations (SEM) met régulièrement à jour sa page « Séjour UE/AELE » et ses directives. Vérifiez toujours la pratique en vigueur sur https://www.sem.admin.ch/sem/de/home/themen/aufenthalt/eu_efta.html.

Liechtenstein : un cas particulier

Le Liechtenstein compte un peu moins de 40 000 habitants et est lié à la Suisse par trois niveaux de traités :

  1. Le traité d'établissement du 6 juillet 1874, qui accordait aux deux pays la liberté réciproque d'établissement et de commerce. Des accords ultérieurs l'ont en grande partie remplacé.
  2. Le traité d'union douanière du 29 mars 1923 (RS 0.631.112.514, en vigueur depuis 1924), qui intègre le Liechtenstein au territoire douanier suisse et crée une union économique, monétaire et douanière. Aujourd'hui, le séjour est régi par des accords distincts de libre circulation entre les deux États (RS 0.142.115.x). Consultez les versions consolidées sur fedlex.admin.ch.
  3. L'annexe K de la Convention AELE, qui applique la libre circulation entre les quatre membres.

Sur le papier, l'annexe K est symétrique. En pratique, le Liechtenstein a négocié au sein de l'EEE un régime spécial qui lui permet de limiter l'immigration venant des États de l'EEE et de l'AELE, Suisse comprise, par ses propres contingents annuels. La raison : une part très élevée de résidents étrangers (environ un tiers de la population) et la nécessité de garder l'équilibre démographique d'un petit État. Pour les chiffres exacts, consultez l'Office de la statistique de la Principauté.

Venir du Liechtenstein en Suisse

Les ressortissants du Liechtenstein sont entièrement couverts par l'annexe K lorsqu'ils viennent en Suisse. Ils reçoivent les autorisations UE/AELE B, L, G ou C selon les mêmes critères que les citoyens de l'UE. La Suisse ne leur applique aucun contingent.

Habiter au Liechtenstein et travailler en Suisse

Certains résidents du Liechtenstein travaillent en Suisse, surtout dans le canton de Saint-Gall (Rheintal, Werdenberg, Sarganserland) et dans les régions voisines des Grisons. Ils reçoivent une autorisation frontalière G UE/AELE (art. 35 LEI, art. 39 OASA). Les conditions sont les mêmes que pour les frontaliers de l'UE :

  • vous habitez au Liechtenstein (un retour par semaine suffit, pas besoin de rentrer chaque jour) ;
  • vous travaillez en Suisse, comme salarié ou indépendant ;
  • aucun motif d'ordre ou de sécurité publics ne s'y oppose.

Leur nombre est faible comparé aux frontaliers venant d'Allemagne, de France ou d'Italie. L'Office fédéral de la statistique (OFS) et le SEM publient les chiffres. Pour l'autorisation elle-même, voir l'autorisation frontalière G.

Les Suisses qui travaillent ou vivent au Liechtenstein

Le flux inverse est bien plus important : avec l'Autriche, la Suisse est l'un des principaux pays de domicile des frontaliers qui travaillent au Liechtenstein.

  • Travailler au Liechtenstein en habitant en Suisse : vous demandez une autorisation frontalière liechtensteinoise selon le droit du Liechtenstein. Elle n'est pas soumise au contingent de séjour, puisque vous n'y habitez pas.
  • S'installer au Liechtenstein : il vous faut une autorisation de séjour liechtensteinoise, soumise à contingent. Vous n'avez aucun droit automatique d'y vivre. Les voies possibles sont une autorisation liée à un emploi (elle aussi contingentée), le tirage au sort annuel (une loterie pour une partie des autorisations) ou un motif familial reconnu, par exemple être le conjoint ou l'enfant d'un ressortissant liechtensteinois, qui connaît aussi des limites.

Le Liechtenstein fixe ses contingents chaque année. Pour les contingents, le tirage au sort, le séjour et l'établissement au Liechtenstein, adressez-vous à l'Office des étrangers et des passeports (APA) à Vaduz, https://www.llv.li/de/landesverwaltung/auslaender-und-passamt, ou à un avocat admis au Liechtenstein.

Le permis C après 5 ans

Norvège et Islande. Vous pouvez obtenir l'autorisation d'établissement C UE/AELE après 5 ans de séjour légal et ininterrompu. Cela repose sur les anciens traités bilatéraux d'établissement avec la Norvège et l'Islande, que le SEM classe parmi les « États à traité de cinq ans » (voir la section 5 du traité d'établissement entre la Suisse et les États-Unis de 1850 pour une liste comparable), ainsi que sur la pratique du SEM pour l'octroi anticipé aux ressortissants UE/AELE intégrés (art. 60 OASA). Vous devez remplir les critères d'intégration de l'art. 58a LEI : connaissances linguistiques, indépendance financière, respect de la sécurité et de l'ordre publics, respect des valeurs de la Constitution fédérale. L'art. 62 al. 1bis OASA fixe le niveau de langue du permis C anticipé, en général au moins B1 à l'oral et A1 à l'écrit dans une langue nationale. L'office cantonal des migrations décide.

Liechtenstein. Le Liechtenstein est lui aussi un État traditionnel à traité de cinq ans. Dans la pratique actuelle, ses ressortissants obtiennent le permis C UE/AELE après 5 ans de séjour légal, aux mêmes conditions que les citoyens de l'UE.

Les Suisses au Liechtenstein suivent le système liechtensteinois pour l'autorisation d'établissement, qui exige en général un séjour plus long et une intégration. Il ne correspond pas au système suisse B/C ; renseignez-vous auprès de l'APA.

Exigences linguistiques

Pour le permis C, puis pour la naturalisation, il vous faut une langue nationale suisse : l'allemand, le français, l'italien ou, dans une mesure limitée, le romanche (art. 58a al. 1 let. c LEI ; art. 60 al. 2 ou art. 62 al. 1bis OASA).

  • Norvège : le norvégien (bokmål ou nynorsk) ne compte pas. Il vous faut B1 à l'oral et A1 à l'écrit dans une langue nationale, en général celle de votre canton. L'allemand est souvent plus facile pour les norvégophones, mais l'examen porte sur la langue suisse.
  • Islande : l'islandais ne compte pas non plus. Les mêmes règles s'appliquent qu'aux Norvégiens.
  • Liechtenstein : le pays est germanophone, donc dans les cantons alémaniques vous remplirez en général facilement l'exigence. Vous devez tout de même fournir une preuve formelle.

Les examens reconnus comprennent fide, telc, Goethe, DELF et CELI ; d'autres preuves équivalentes sont admises selon l'art. 77d al. 1 let. d OASA. Voir les certificats de langue A1/A2/B1 fide.

Regroupement familial

Pour les trois pays, le regroupement familial suit l'appendice 1 de l'annexe K, calqué sur l'art. 3 de l'annexe I ALCP. Il est bien plus large que les règles applicables aux États tiers (art. 43-44 LEI).

Membre de la familleRègle
Conjoint ou partenaire enregistrépeut vous rejoindre, quelle que soit sa nationalité
Enfants de moins de 21 anspeuvent vous rejoindre, sans examen financier les concernant
Enfants majeurs à votre chargepeuvent vous rejoindre si vous prouvez que vous les entretenez
Parents et grands-parentspeuvent vous rejoindre s'ils dépendent de vous
Membres de la famille d'États tiersreçoivent un droit de séjour dérivé, quel que soit leur séjour antérieur

Les conditions sont :

  • un logement approprié pour toute la famille ;
  • l'assurance-maladie obligatoire pour chacun ;
  • pas de dépendance à l'aide sociale (en pratique, vous gardez votre statut de salarié ou d'indépendant) ;
  • aucun motif de révocation pour atteinte à l'ordre ou à la sécurité publics.

C'est beaucoup plus favorable que pour les ressortissants des États-Unis, du Royaume-Uni (après le Brexit), du Canada ou de l'Australie. L'exigence de langue A1 lors de la première autorisation (art. 73a OASA) ne vise que le regroupement familial des États tiers. Le regroupement familial AELE n'impose aucune exigence de langue lors de la première autorisation.

Naturalisation

La Convention AELE et les accords bilatéraux ne couvrent pas la nationalité suisse. Les ressortissants norvégiens, islandais et liechtensteinois passent par la naturalisation ordinaire selon la loi sur la nationalité (LN, RS 141.0), l'ordonnance sur la nationalité (OLN, RS 141.01) et le droit cantonal et communal.

Les conditions habituelles (art. 9, 11 et 12 LN) :

  • Séjour : 10 ans de séjour légal, dont 3 des 5 dernières années avant la demande. Les années entre 8 et 18 ans comptent double, mais il faut au moins 6 années effectives (art. 9 LN).
  • Permis C : vous devez le détenir au moment de la demande.
  • Intégration (art. 11 let. a et art. 12 LN) : respect de la sécurité et de l'ordre publics et des valeurs constitutionnelles, participation à la vie économique ou à une formation, soutien à l'intégration de votre famille. Le niveau de langue, en général B1 à l'oral et A2 à l'écrit dans une langue nationale, découle de l'art. 6 OLN.
  • Familiarisation avec les conditions de vie suisses (art. 11 let. b LN) ; certains cantons la testent.
  • Pas d'aide sociale pendant les années précédant la demande, selon les règles applicables.
  • Durées de résidence cantonales et communales et entretiens, qui varient selon le lieu.

La naturalisation facilitée du conjoint d'un citoyen suisse (art. 21 LN) est possible après 5 ans de séjour en Suisse et 3 ans de mariage ou, si vous vivez à l'étranger, après 6 ans de mariage et des liens étroits avec la Suisse. Elle vaut pour toutes les nationalités.

Le seul avantage AELE est donc d'atteindre le permis C la 5e année au lieu de la 10e. Pour aller plus loin : le glossaire de la loi sur la nationalité de 2018 et les voies de naturalisation.

La nationalité liechtensteinoise est une matière distincte, avec des règles strictes qui exigent traditionnellement l'approbation du Landtag (parlement) ou, dans certains cas, un vote dans la commune. Adressez-vous pour cela aux services juridiques du Liechtenstein.

AELE et accord avec l'UE : comparaison

AspectALCP (Suisse et UE)Annexe K AELE (Suisse, Norvège, Islande, Liechtenstein)
Partiesla Suisse, l'UE et ses États membresSuisse, Norvège, Islande, Liechtenstein
Types d'autorisationB/C/L/G UE/AELEles mêmes
Regroupement familialart. 3 annexe I ALCP (large)appendice 1 de l'annexe K, calqué sur l'ALCP (large)
Coordination de la sécurité socialerèglements UE 883/2004 et 987/2009appliqués par analogie
Reconnaissance des qualificationsdirective UE 2005/36/CEappliquée par analogie
Priorité des travailleurs résidentsaucuneaucune
Contingentsaucun (hormis d'anciennes clauses de sauvegarde temporaires)aucun
Contingent du Liechtensteinsans objets'applique aux Suisses qui s'installent au Liechtenstein

Pour un ressortissant norvégien, islandais ou liechtensteinois qui vit en Suisse, la situation juridique est pour l'essentiel la même que pour un Allemand, un Italien ou un Français. Voir aussi le glossaire de l'ALCP et le glossaire LEI et OASA.

Double nationalité

La Suisse admet la pluralité de nationalités sans restriction depuis 1992. Vous ne perdez pas la nationalité suisse en acquérant la nationalité norvégienne, islandaise ou liechtensteinoise, ni l'inverse.

Les règles des autres pays diffèrent. Vérifiez auprès de leurs autorités avant d'agir :

  • La Norvège admet en général la double nationalité depuis le 1er janvier 2020. Les cas plus anciens relèvent du droit transitoire norvégien.
  • L'Islande l'admet en principe depuis une réforme des années 2000.
  • Le Liechtenstein admet la double nationalité suisse et liechtensteinoise avec des restrictions. En cas de naturalisation au Liechtenstein, il faut traditionnellement renoncer à sa nationalité antérieure, avec des exceptions, par exemple l'acquisition par la naissance ou, à certaines conditions, par le mariage. Renseignez-vous auprès de l'APA.

Impôts et sécurité sociale

L'annexe K règle la libre circulation, pas la fiscalité. Les impôts entre la Suisse et la Norvège, l'Islande et le Liechtenstein relèvent de conventions de double imposition distinctes, chacune avec ses protocoles de modification. Le Secrétariat d'État aux questions financières internationales (SFI) en tient la liste, et les textes sont sur fedlex.admin.ch. Le Liechtenstein forme en outre un seul territoire TVA avec la Suisse par le traité douanier de 1923. L'impôt à la source sur le salaire dépend du droit fiscal cantonal et de la convention applicable. Pour les questions d'impôts, de prévoyance ou de sécurité sociale, consultez un spécialiste.

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Sources